Le Labyrinthe Des Rasoirs de Jun Hayami

Âmes sensibles, ne vous approchez pas du “Labyrinthe Des Rasoirs”, Jun Hayami va vous faire beaucoup de mal.

En bref, 10 histoires courtes indépendantes sont proposées dans ce recueil mettant en scène des adolescent(es) et des jeunes adultes. Ils sont plongés entre premiers émois, coïts extrêmes et sauvagerie crue.

Chaque histoire est malsaine et le lecteur fera des pauses pour ménager sa santé mentale. La violence et la cruauté sont ici des pires qu’on ait eu l’occasion de lire. Ceci résulte certainement du contraste des psychologies et des situations. Une jeune fille dévouée pourra être amoureuse et vouloir se donner entièrement à son amant pervers, sadique et dépravé.

La force reste que le jugement est entièrement dans l’œil du lecteur. Et on fait presque face à des histoires morales. Avec un dessin simple et dépouillé presque daté, Hayami fait mouche et maitrise parfaitement l’exercice.

Ne reculant devant aucun tabou, le dessinateur va vous perturber, mais aussi vous interpeler. C’est un recueil sans concession qui ne laissera personne indifférent.

- Tu veux vraiment me voir faire caca ? … Junichi, comme tu es pervers !

(Version lue Editions IMHO)

Asatte Dance de Naoki Yamamoto

Seule série de Naoki Yamamoto disponible en français, Asatte Dance (signifiant littéralement “danse jusqu’au surlendemain”) est une histoire sur 7 volumes.

En bref, Suekichi est un étudiant fauché qui se voit l’héritier de la fortune de son arrière grand-père, mais à la condition qu’il obtienne son diplôme  et se marie. C’est à partir de ce moment qu’Aya, jeune femme dont on ne sait pas grand chose, fait son apparition.

Si la série est un peu fleuve et utilise tous les ficelles du manga, il y a beaucoup de positif. Tout d’abord les personnages sont extrêmement attachants, notamment Aya, qui se dévoile au fur et à mesure du récit. Ensuite l’érotisme qu’elle dégage, la chaleur des ébats et le doux vice affiché ravissent le lecteur. Et enfin l’autre point essentiel est dans l’humour quasi- permanent (par exemple, les apparitions fantomatique de l’aïeul, l’immigré squatteur…).

Malgré le coté daté de la série, elle garde sa fraîcheur et a un vrai côté humain très éloigné des hentaï ultra pornographiques. On peut trouver beaucoup de ressemblances avec “Maison Ikkoku” (Juliette Je t’aime) de Rumiko Takahashi mais avec du sexe, donc forcément moins naïf, mais les clés du récit sont les mêmes.

Drôle, sexy et humain, on regrettera peut être la longueur de l’histoire qui traine un peu et que ce soit destiné à un public jeune adulte masculin. Une série à découvrir pour les amateurs de manga.

- Tu es mouillée

- Idiot ! Je me demande si tous les garçons sont comme toi et ne pensent qu’à ça.

(Version lue Tonkam)

Carnets de Massacre de Shintaro Kago

Shintaro Kago est un des maîtres de l’Ero-Guro, déjà évoqué pour les oeuvres de Suehiro Maruo (lecture plus que recommandée).

Si on peut oser une définition du genre de l’Ero-Guro, on peut dire que c’est un manga excessivement violent affichant les pires perversions dans des contextes absurdes. De ce mélange extrême, personne n’en sort indemne, le genre de lecture qui laisse des traces.

En bref, dans une ville du Japon médiéval, s’entrecroisent les destins d’un samouraï, d’un couturier-assassin, et d’autres personnages. Les 13 histoires présentées sont sanguinolentes, purulentes, dégoûtantes, tantôt drôles, tantôt exaspérantes. Il faut avoir l’estomac bien accroché.

Ici, nous ne sommes pas dans un monde d’excitation, mais de perversions dans la société machiste où les hommes sont forts et les femmes leurs objets. Chacun trouvera dans la lecture de quoi vomir, scatophilie, bondage déformant, atrocités en tout genre.

A la différence d’un Maruo qui publie des oeuvres fortes et, mine de rien, porteuses de sens, Kago fait étalage de l’horreur et place beaucoup d’humour dans ses cases. Mais ces petites “respirations” désorientent. C’est la douche écossaise. Donc, on se met à douter du but de l’auteur, notamment avec son histoire de distributeur et tout le délire autour de la couture.

“Carnets de Massacre” n’est pas le royaume du bon goût et, quitte à me répéter, c’est la perversion qui est plus recherchée dans ces pages.

- C’est comme si à l’intérieur une limace géante me barbouillait la bite !!!

(Version lue Editions IMHO)

M de Masakazu Katsura

Katsura est très connu pour ses séries romantiques telles que Video Girl Aï. Il a toujours eu une grande facilité à dessiner les slips de ses héroïnes.

En bref, Emi accepte d’être la petite amie d’Eiji, mais à la condition qu’ils ne fassent jamais l’amour. Mais Emi est loin de rester prude et un drôle de jeu à la conclusion fatale se met en place.

Katsura sait dessiner. Ses femmes sont de grandes adolescentes dans la ligne de ses autres séries, toujours sensibles avec une larme d’émotion permanente au coin de l’oeil. Et si elles paraissent naïves, elles savent ce qu’elles font. Le personnage d’Emi est intéressant, bien plus que le jeune Eiji qui se bat contre ses pulsions mais accepte et comprend la forme de masochisme qu’elle lui fait vivre, tout ça pour la beauté de l’amour. (hum hum)

Les quelques scènes chaudes sont assez intenses. Vont ils le faire? C’est ce qu’ils souhaitent, mais ça serait la fin de leur histoire. Ce point rend la BD intéressante, mais heureusement que l’histoire est courte.

De bien belles planches, des stéréotypes très japonais (la mini jupe et la vue sur les sous vêtements, la scène de bain…) rendent la lecture agréable, bien que le fond soit plus moral qu’autre chose. A la fin, on a l’impression d’avoir lu un plaidoyer pour l’abstinence. Cela peut s’expliquer par le fait que M soit le seul récit érotique de l’auteur et, grand chantre du romantisme nippon, il ne peut y voir une consommation qui rendrait l’amour vulgaire, le physique étant inférieur au spirituel.

- Quand est-ce que tu te soulages?

(Version lue Editions Tonkam 2006)

Yume No Q-Saku de Suehiro Maruo

Déjà évoqué pour La Jeune Fille Aux Camélias, Suehiro Maruo est le maître de l’Ero-Guro, genre très théâtral et exagéré inspiré du Grand Guignol.

En bref, Yume No Q-Saku est un recueil d’histoires courtes où la moralité sera mise à très rude épreuve. Âmes sensibles, abstenez-vous! L’univers de Maruo n’est pas fait pour les tendres. Délires sanglants, scatologiques et autres réjouissances sont au programme. Et même si vous êtes un dur, ne vous y trompez pas, vous serez choqués. Tant mieux, vous êtes encore humains.

13 histoires qui vont vous remuer. Toujours dans un Japon des années 20-30, Maruo nous pousse dans nos retranchements. L’extrême du bout, on ne peut pas aller plus loin dans l’horreur et dans une sexualité sans tabou.

La lecture fera bouillonner votre crâne. Pourquoi je continue à lire ça? Qu’est ce qui me fascine? C’est un peu la scène de film d’horreur que l’on regarde avec une main sur les yeux, mais les doigts espacés. Beaucoup de cruautés gratuites dégoûteront, mais les personnages sont terriblement humains. On comprend souvent leur motivation première (moins l’expression de cette motivation). Mais nous ne sommes pas dans un peinture du réel, n’est ce pas?

Les délires visuels emportent le lecteur dans l’onirisme, le rêve et la folie où tout peut arriver. Une oeuvre plus que conseillée, violente, marquante et visuellement au top.

- Je suis un cheval !! Je suis un porc !!

- Je suis une chaise !! Je suis tes chiottes !!

(Version lue Le Lézard Noir)

La Jeune Fille Aux Camélias de Suehiro Maruo

Suehiro Maruo est un Mangaka au style et à l’univers très particuliers. Evoquant un japon de l’ère impérialiste, il semble nous convier dans une époque pas complètement moderne d’un Japon quasi traditionnel, mélangeant écoliers en costume et les kimonos. Mais je n’ai encore rien dévoilé en disant cela, le plus simple étant de le lire. Attention, ceci est pour un public plus qu’averti.

La Jeune Fille Aux Camélias est à la croisée de Freaks de Tod Browning et de Causette. En Bref, Midori est une jeune fille vivant dans un cirque de monstres tombant amoureuse de Masamitsu, le magnifique, un nain prestidigitateur. Elle sert de souffre-douleurs et de petites mains pour le cirque et subit les assauts hautement cruels de ses hôtes.

Le récit est, comme dans la majorité des ouvrages de Maruo, d’une violence inouie et le sexe n’est qu’une part supplémentaire dans l’horreur graphique qu’il nous apporte. Je pèse mes mots, c’est un manga très dur. Beaucoup n’en verront pas la fin, le dégoût est dans toutes les pages. L’oeuvre de Maruo est qualifié d’érotisme grotesque (Ero-Guro en japonais) et on peut y rajouter “Grand Guignol”.

L’ambiance et les personnages décrits sont détestables, sauf la petite Midori et sa candeur (et encore!). Pour autant, l’histoire est fascinante et les situations sont à couper le soufle, de part leurs brutalités et leur variété. La triste réalité dépeinte place le récit à la limite du rêve et du “fantasme”. De très rares cases apportent un humour essentiel au lecteur pour le faire respirer. Au rythme des pages, de l’horreur jaillit des purs moments de poésie et la profondeur des sentiments n’en est que plus déchainée, notamment l’échappatoire amoureuse qui redonne espoir dans le monde.

Le dessin est forcément noir pour ce récit immoral. On est bien entendu dans un manga et les codes du genre sont respectés (avec un joli clin d’oeil à Kazuo Umezu d’ailleurs qui, lui officie dans le récit d’horreur mettent en scène des petites filles). Le style fin ne fait que ressortir  davantage de manière chirurgicale les malheurs subis par Midori.

Une oeuvre pessimiste, belle et effroyable qui ne laissera personne indifférent. Fan d’extrême, jetez-vous dessus. Les autres, feuilletez-le chez un ami, vous ne le verrai plus jamais du même oeil.

- Souffre encore …. Personne ne t’aidera… Le bonheur n’est pas fait pour toi

(Version lue IMHO Editions)