Le Labyrinthe Des Rasoirs de Jun Hayami

Âmes sensibles, ne vous approchez pas du “Labyrinthe Des Rasoirs”, Jun Hayami va vous faire beaucoup de mal.

En bref, 10 histoires courtes indépendantes sont proposées dans ce recueil mettant en scène des adolescent(es) et des jeunes adultes. Ils sont plongés entre premiers émois, coïts extrêmes et sauvagerie crue.

Chaque histoire est malsaine et le lecteur fera des pauses pour ménager sa santé mentale. La violence et la cruauté sont ici des pires qu’on ait eu l’occasion de lire. Ceci résulte certainement du contraste des psychologies et des situations. Une jeune fille dévouée pourra être amoureuse et vouloir se donner entièrement à son amant pervers, sadique et dépravé.

La force reste que le jugement est entièrement dans l’œil du lecteur. Et on fait presque face à des histoires morales. Avec un dessin simple et dépouillé presque daté, Hayami fait mouche et maitrise parfaitement l’exercice.

Ne reculant devant aucun tabou, le dessinateur va vous perturber, mais aussi vous interpeler. C’est un recueil sans concession qui ne laissera personne indifférent.

- Tu veux vraiment me voir faire caca ? … Junichi, comme tu es pervers !

(Version lue Editions IMHO)

Carnets de Massacre de Shintaro Kago

Shintaro Kago est un des maîtres de l’Ero-Guro, déjà évoqué pour les oeuvres de Suehiro Maruo (lecture plus que recommandée).

Si on peut oser une définition du genre de l’Ero-Guro, on peut dire que c’est un manga excessivement violent affichant les pires perversions dans des contextes absurdes. De ce mélange extrême, personne n’en sort indemne, le genre de lecture qui laisse des traces.

En bref, dans une ville du Japon médiéval, s’entrecroisent les destins d’un samouraï, d’un couturier-assassin, et d’autres personnages. Les 13 histoires présentées sont sanguinolentes, purulentes, dégoûtantes, tantôt drôles, tantôt exaspérantes. Il faut avoir l’estomac bien accroché.

Ici, nous ne sommes pas dans un monde d’excitation, mais de perversions dans la société machiste où les hommes sont forts et les femmes leurs objets. Chacun trouvera dans la lecture de quoi vomir, scatophilie, bondage déformant, atrocités en tout genre.

A la différence d’un Maruo qui publie des oeuvres fortes et, mine de rien, porteuses de sens, Kago fait étalage de l’horreur et place beaucoup d’humour dans ses cases. Mais ces petites “respirations” désorientent. C’est la douche écossaise. Donc, on se met à douter du but de l’auteur, notamment avec son histoire de distributeur et tout le délire autour de la couture.

“Carnets de Massacre” n’est pas le royaume du bon goût et, quitte à me répéter, c’est la perversion qui est plus recherchée dans ces pages.

- C’est comme si à l’intérieur une limace géante me barbouillait la bite !!!

(Version lue Editions IMHO)

La Jeune Fille Aux Camélias de Suehiro Maruo

Suehiro Maruo est un Mangaka au style et à l’univers très particuliers. Evoquant un japon de l’ère impérialiste, il semble nous convier dans une époque pas complètement moderne d’un Japon quasi traditionnel, mélangeant écoliers en costume et les kimonos. Mais je n’ai encore rien dévoilé en disant cela, le plus simple étant de le lire. Attention, ceci est pour un public plus qu’averti.

La Jeune Fille Aux Camélias est à la croisée de Freaks de Tod Browning et de Causette. En Bref, Midori est une jeune fille vivant dans un cirque de monstres tombant amoureuse de Masamitsu, le magnifique, un nain prestidigitateur. Elle sert de souffre-douleurs et de petites mains pour le cirque et subit les assauts hautement cruels de ses hôtes.

Le récit est, comme dans la majorité des ouvrages de Maruo, d’une violence inouie et le sexe n’est qu’une part supplémentaire dans l’horreur graphique qu’il nous apporte. Je pèse mes mots, c’est un manga très dur. Beaucoup n’en verront pas la fin, le dégoût est dans toutes les pages. L’oeuvre de Maruo est qualifié d’érotisme grotesque (Ero-Guro en japonais) et on peut y rajouter “Grand Guignol”.

L’ambiance et les personnages décrits sont détestables, sauf la petite Midori et sa candeur (et encore!). Pour autant, l’histoire est fascinante et les situations sont à couper le soufle, de part leurs brutalités et leur variété. La triste réalité dépeinte place le récit à la limite du rêve et du “fantasme”. De très rares cases apportent un humour essentiel au lecteur pour le faire respirer. Au rythme des pages, de l’horreur jaillit des purs moments de poésie et la profondeur des sentiments n’en est que plus déchainée, notamment l’échappatoire amoureuse qui redonne espoir dans le monde.

Le dessin est forcément noir pour ce récit immoral. On est bien entendu dans un manga et les codes du genre sont respectés (avec un joli clin d’oeil à Kazuo Umezu d’ailleurs qui, lui officie dans le récit d’horreur mettent en scène des petites filles). Le style fin ne fait que ressortir  davantage de manière chirurgicale les malheurs subis par Midori.

Une oeuvre pessimiste, belle et effroyable qui ne laissera personne indifférent. Fan d’extrême, jetez-vous dessus. Les autres, feuilletez-le chez un ami, vous ne le verrai plus jamais du même oeil.

- Souffre encore …. Personne ne t’aidera… Le bonheur n’est pas fait pour toi

(Version lue IMHO Editions)