Mahârâja de Labrémure et Artoupan

Artoupan dessine le scénario de Labrémure pour cet album dont vous pouvez suivre la création sur le blog officiel.

En bref, 1917, un grand hôtel attend l’arrivée d’un gros client, un mahârâja et sa cour viennent investir les lieux. Tout ce petit monde est ébullition, mais une menace plane.

On est d’abord surpris par le trait d’Artoupan et ses couleurs justes, mais les premières pages sont un peu bancales. On peine à y croire, mais la présentation de la directrice et surtout l’arrivée  de la cour chatoyante changent la donne.

Dès ce moment, la fantaisie et l’érotisme se font plus certains. Le lecteur est dans un monde léger, entièrement tourné vers le plaisir. La nonchalance muette du Mahârâja envoûte et perturbe tout le monde et surtout ceux qui sont à ses trousses.

La pointe d’humour nécessaire à l’album se trouve autour du personnage du tueur anglais. Celui-ci a un je-ne-sais-quoi du faux-dur à qui il arrive des facéties qui l’empêche de mener à bien son œuvre.

On reste sur une impression de légèreté jusque la fin. Sans être un grand album, le moment de lecture est plaisant.

- Vraiment ? … Ne pensez-vous pas qu’il y ait des choses plus intéressantes à faire à cette heure de la soirée ?

(Version lue Drugstore)

Sade L’aigle, Mademoiselle… de Griffo et Jean Dufaux

Griffo au dessin et Jean Dufaux au scénario ont travaillé ensemble sur la série Giacomo C et Samba Bugatti.

En bref, dans une pièce de théâtre étrange, une compagnie propose une adaptation de la vie du Marquis de Sade.

Si la base du récit s’appuie sur une vérité historique, il s’agit néanmoins d’une vision de l’époque et de la psychologie du “Divin Marquis”. Présenté sous les traits de Gérard Depardieu, celui-ci est enfermé à la Bastille et élabore une conspiration avec des troublantes collaborations.

Le personnage est torturé, en proie à des hallucinations et à une paranoïa galopante. Si le scénario est habile afin d’éviter les foudres des connaisseurs, on est un peu dans le flou sur la vérité dans ces pages.

Malgré tout, la lecture est agréable, très soft avec quelques suggestions coquines, très éloignées des écrits connus de Sade. Et le dessin très classique avec ces couleurs impeccables fonctionne bien.

Sans être un ouvrage de référence, on apprécie le regard sur la vie de l’auteur.

- Qu’ils sont doux les plaisirs de l’imagination ! Toute la terre est à nous, pas une seule créature ne nous résiste…

(Version lue Glénat)

Les Aphrodites T1 : Intriguante Agathe de Emmanuel Murzeau

Emmanuel Murzeau est un auteur français expatrié à Berlin.

En bref, un jeune homme, le Chevalier, rentre de Malte en 1792 et retrouve Mme Durut, sa mentor libertine, qui tient un hôtel aux prestations particulières.

Les Aphrodites est l’adaptation de l’œuvre de Andréa De Nerciat, auteur libertin dans la veine du Marquis de Sade en nettement moins sadique et juste libertin.

Le lecteur est donc plongé dans un récit historique qui commence très fort par une belle scène de retrouvailles pleine de désirs contenus et une ambiance intrigante. Sur le récit “classique”, Murzeau démontre des grandes qualités de dessinateur. Le choix de ses perspectives, son trait et ses pages dynamiques rendent la lecture très agréable.

Mais le plus gros parti pris reste le monogramme en vert de gris. Toutes les pages ont ce “filtre”, amenant un coté gravure à chaque case mais aussi un charme un peu désuet. Ce choix peut perturber certains lecteurs.

Ceci dit, l’histoire ravira les libertins avec jeux légers, mais aussi ses intrigues. Autre point souvent exagéré dans les récits historiques, le niveau de langage est certes d’époque, mais sans en faire de trop.

On attend le 2e tome prévu pour Octobre 2011.

- Est ce un homme ? Est-ce un Dieu ? … Vois, admire ! Quelle vigueur ! Quel tour ! Quelle grâce !

(Version lue Tabou Editions)

A Corps Perdu de G. Lévis

4e titre chroniqué de G. Lévis, alias Jean Sidobre.

En bref, des mains se baladent sur un clavier et nous ne voyons que le texte défiler et nous emporter dans la Russie des Tsars fin 1919. Nous suivons les aventures complètement incroyables de Jelly, belle blonde mi-espionne mi-pute de luxe. Et on verra du pays, Russie, France, Egypte, parfois de façons très tirées par les cheveux.

Jelly est un personnage assez curieux, quasi passive, sauf quand il s’agit de passer à l’horizontal. Pourtant elle reste au coeur du récit toujours à suivre son amant.

La structure narrative pêche d’un certain manque de suivi entre les bonds dans le récit. Le lecteur est baladé et finalement perd tout intérêt à l’histoire. Mais les charmes de la blonde sont ravageurs. Le romanesque des situations et les rencontres donnent un coté très pulp, mais ce n’est pas suffisant.

Plus ambitieux que les Perles de l’Amour, la BD n’atteint pas ses objectifs. Dommage pour la quasi dernière œuvre de Lévis. Le trait ne fait pas tout malheureusement. Et la volonté de retranscrire une épopée “historique”, même désuète, mérite plus de clarté.

- Nous avons reçu deux nouvelles pensionnaires qui vous plairont certainement, major.

- Pas autant que vous, chère amie.

(Version lue Albin Michel / L’Echos Des Savanes)

 

 

La Comtesse Rouge de Georges Pichard

Georges Pichard pourrait être nommé parrain des auteurs de BD érotiques (ou pour adultes) français.

En bref, La Comtesse Erzsebet Bathory amène à son château un jeune homme épris d’elle. Celui-ci va découvrir ce que cache la beauté de l’aristocrate.

S’appuyant sur le folklore caucasien, au même titre que le Vlad l’Empaleur qui inspira Dracula, la BD montre les atrocités commises par la comtesse qui inspira an partie le mythe du Vampire, éternellement jeune et mortellement séduisante.

Et Pichard réussit merveilleusement à illustrer le charme envoutant de Bathory. Le dessin la rend attirante et dangereuse. Le personnage est aussi fascinant que décrit. Malgré tout le ton du texte amène une certaine distance, notamment pour les scènes de torture très statiques, proche de tableaux.

Mais nous sommes plongés dans un récit classique à la Bram Stoker (référence évidente) et le tout a tout de même une aura bien particulière qui mérite sa lecture.

- La fréquentation d’une femme libre et intelligente forme un jeune homme mieux que dix professeurs.

(Version lue Dominique Leroy Editions – Ebook)

Dialogues de Pierre Louÿs par Jacobsen

On a déjà parlé de Jacobsen pour Le loup et l’Agnelle, ainsi que pour Lou, Taxi de Nuit.

En bref, Jacobsen adapte les “Dialogues de Courtisanes” de Pierre Louÿs, un écrivain et poète du début du 20e siècle.

On a déjà évoqué le goût de Jacobsen pour l’extrême. Donc le choix d’une telle adaptation éveille une curiosité et aussi, on ne le nie pas, cela fait naitre un gros doute. Les dialogues sont très courts, 2 à 3 pages en moyenne. Et dès les premières scènes dévoilées, on sait que Jacobsen a raison, son point de vue fonctionne.

Décrivant le monde des prostituées essentiellement fin 19e-début 20e, on y découvre que les choses n’ont pas évolué. Les propos, les pratiques sont les mêmes. Il y a même une scène de sexe par téléphone ! La touche Jacobsen est certainement sa sélection qui ne fait pas dans la dentelle. Beaucoup de sodomie, un peu d’urologie, 2 histoires très limites quant à l’âge des protagonistes… Mais le tout est délicieusement pervers et outrancier avec une sexualité ouverte et débridée.

Chaque album lu de Jacobsen ne fait que confirmer la qualité de son travail. Foncez dessus !

- Ah Nom de Dieu C’qu’il m’en a pissé dans la bouche !

La BD est disponible ici !

(Version lue Bandes Dessinées Pour Adulte – épuisé)

Borgia de Milo Manara et Alejandro Jodorowsky

Que se passe t’il quand 2 monstres sacrés du 9e art se rencontrent? Si l’habitude des grandes affiches mène plutôt à la désillusion, ici, il n’y a pas de déception.

Jodorowsky est un habitué des grands scénarios, bien que ses univers soient le plus souvent orientés SF. On lui doit notamment L’Incal avec Moebius. Et le voir aux commandes d’un récit historique d’une des pages les plus sombres du Vatican est très enthousiasmant.

Le récit couvre 4 volumes tout en couleur et au dessin magnifique, Manara, Manara, Manara !!!

En bref, vous allez vivre Rome et le Vatican à l’époque de Rodrigo Borgia, de son rang de Cardinal, en passant par sa nomination et règne en tant que pape et enfin sa déchance et celle de sa famille.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que, outre l’époque troublée propre à la barbarie, les méthodes de la famille sont directes et sanglantes.

A ce qu’on pourrait ressembler à une surenchère de violence, il est souvent associé un univers hautement sexué et débridé. Et, de ce coté là, laissez votre moral de côté, Alexandre VI (Le père Borgia) a tout les droits et peut tout autoriser. Mariages arrangés, exécutions diverses, orgies malsaines, empoisonnement et incestes sont monnaies courantes.

La folie des Borgia nous emporte. Et on ne cesse de se demander où elle s’arrêtera.

J’ai une vraie préférence pour le premier qui met le ton très vite et confère au récit un élan apocalyptique et pessimiste plein de corruption et de crasse.

Le hic est la véracité historique. A aucun moment, le lecteur n’est averti si il lit une fiction inspirée, si le fait est vérifié ou non. C’est vraiment dommage. Alors autant vous le dire tout de suite, ne vous lancez pas à en parler avec votre pote historien, vous seriez déçus.

Sans être le chef d’oeuvre promis, Borgia reste une lecture très facile. C’est une sorte de classique instantanément au dessin exceptionnel.

- Je pourrais désobéir à un cardinal, mais désobéir au pape serait comme désobéir à Dieu !

- J’ai l’impression que mon sang va bouillir… Ma chair exiges des caresses… Un feu brûle entre mes jambes…

(Version lue Drugstore - 4 volumes en couleur)

L’Ecole des Biches de G. Lévis

L’auteur des aventures de Liz & Beth nous offre ce récit d’époque.

En bref, L’Ecole des Biches est l’adaptation d’un roman érotique du 19e siècle d’Ernest Baroche. Une tante fait l’éducation de sa nièce, amoureuse d’un peintre. Le mécène de la tante et sa dame de chambre complètent le casting.

Il y a quelque chose qui sonne faux dans ce récit assez proche d’une pièce de théâtre. Mais c’est là la grande force de Lévis d’en faire une histoire pleine de classe et absolument pas vulgaire. En effet le récit érotique classique de l’éducation sexuelle d’une jeune pucelle qui se révèle une tigresse n’est pas original, mais le dessin de Lévis colle très bien à l’ambiance. Et on ne s’ennuie pas à la lecture.

Le libertinage qui nous est proposé est tout de même bien élaboré et “plausible.” Et même si on peut regretter le manque d’intrigue, l’histoire se tient et on regrette de ne pas avoir eu la même tante dans sa famille!

En résumé, l’Ecole des Biches offre un moment sympathique et frais, bien qu’un peu guindé.

- Candide? Une fille amoureuse n’est jamais candide!

(Version lue Dominique LEROY Editions – Ebook)