Les Sales Blagues T16 de Vuillemin

Vuillemin est un des piliers du magazine l’Echo Des Savanes.

En bref, Le principe des “Sales Blagues” est de reprendre en Bandes Dessinées les blagues de comptoir qu’on se raconte entre amis.

Avec son trait gras, on peut dire que le propos et le dessin sont en parfaite harmonie. Le niveau n’est pas très élevé, mais l’humour est tour à tour graveleux, pinçant et irrévérencieux.

Oubliez toute notion de politiquement correct, Vuillemin s’en fout. Tout le monde en prend pour son grade. Si vous ne savez pas rire de vous-même, passez votre chemin, vous serez dégouté.

Scatologie, zoophilie, homosexualité, religions, immigration, prostitution, etc. rien est épargné. Aucun tabou ne résiste. Autant les traiter à l’humour et au vitriol.

- Et alors, camarade ? Pour 10 Euros, tu voudrais tout de même pas des gambas ?

(Version lue Drugtsore : L’Echo Des Savanes)

L’Amour Propre (ne le reste jamais très longtemps) de Martin Veyron

Martin Veyron est un des auteurs phare des années 80, portés par l’Echo Des Savanes. Toute une époque donc !

En bref, un jeune homme, après une rencontre marquante, se met en quête du point G chez toutes ses partenaires.

Plus qu’une étude anatomique, Veyron pose une époque, des relations humaines et met en lumière une forme de transition entre l’amour physique et la performance sexuelle. On est plongé dans les discussions qui, plus de 20 ans après l’édition, restent d’actualité.

Mais qu’est-ce donc que le point G? Les premières pages situent le dit point et rien de tel qu’une mise en pratique dans les toilettes. Sitôt présenté au Graal, le héros/lecteur y est confronté. Cette rencontre métamorphose sa perception du sexe, plus besoin de “caresses interminables” ou de “limer pendant des heures”, une stimulation précise est la clé de l’orgasme !

Apportant un divertissement frais et adulte sans tomber dans le vulgaire, l’Amour Propre est une lecture obligatoire ! Intelligent et abordant plusieurs types de relations (recherche anatomique, cocufiage, et même l’Amour), mais aussi des thèmes nouveaux pour l’époque (le point G, l’éjaculation féminine), la BD apporte des citations pleines d’humour gravées dans ma mémoire.

- La grossiéreté c’est pareil, au bon moment, c’est excitant, au mauvais, c’est la douche ! …

- Même plombées à mort, les cravates de notaire sont inoffensives !

(Version lue Albin Michel / L’Echo Des Savanes)

Jehanne de Paul Gillon

On a parlé de Paul Gillon pour sa série de la Survivante.

En Bref, Gillon nous donne sa vision de Jeanne d’Arc. Comment la petite bergère prend les armes pour bouter les Anglais hors du Royaume de France pendant la Guerre de Cent Ans.

La première page et la révélation de la nature des voix perçues par la sainte font fort. On s’attend à une sorte de déluge d’images fortes tordant le cou au mythe. Finalement on en est loin. L’objectif n’est pas de choquer, c’est une sorte de version alternative qui reste probable.

Les grandes scènes de la vie de Jeanne (ici Jehanne) sont reprises. Ce que j’ai retenu est la “complicité” avec Gilles de Rais, plus connu sous le nom de “Barbe Bleue” (mais c’est une autre histoire), qui se place en mentor et guide qui lui apprend la vie, tout en défendant sa virginité.

Le dessin de Gillon fonctionne parfaitement avec l’ambiance médiévale. Comme, pour la Survivante, ses personnages ont cette folie perceptible dans le regard. Tout comme Jehanne apparait parfois comme une fanatique.

Au final, c’est une adaptation solide, forcément adulte, qui se lit très bien.

- Il est d’autres portes… Plus étroites et plus secrètes… Je t’apprendrai…

(Version lue l’Echo Des Savanes / Albin Michel)

A Corps Perdu de G. Lévis

4e titre chroniqué de G. Lévis, alias Jean Sidobre.

En bref, des mains se baladent sur un clavier et nous ne voyons que le texte défiler et nous emporter dans la Russie des Tsars fin 1919. Nous suivons les aventures complètement incroyables de Jelly, belle blonde mi-espionne mi-pute de luxe. Et on verra du pays, Russie, France, Egypte, parfois de façons très tirées par les cheveux.

Jelly est un personnage assez curieux, quasi passive, sauf quand il s’agit de passer à l’horizontal. Pourtant elle reste au coeur du récit toujours à suivre son amant.

La structure narrative pêche d’un certain manque de suivi entre les bonds dans le récit. Le lecteur est baladé et finalement perd tout intérêt à l’histoire. Mais les charmes de la blonde sont ravageurs. Le romanesque des situations et les rencontres donnent un coté très pulp, mais ce n’est pas suffisant.

Plus ambitieux que les Perles de l’Amour, la BD n’atteint pas ses objectifs. Dommage pour la quasi dernière œuvre de Lévis. Le trait ne fait pas tout malheureusement. Et la volonté de retranscrire une épopée “historique”, même désuète, mérite plus de clarté.

- Nous avons reçu deux nouvelles pensionnaires qui vous plairont certainement, major.

- Pas autant que vous, chère amie.

(Version lue Albin Michel / L’Echos Des Savanes)

 

 

Révolution de Milo Manara

Devant les déesses dessinées par Manara, on oublie vite le passé activiste de l’auteur.  On peut sentir ses messages dans les aventures de Giuseppe Bergman.

En bref, un ersatz de Robespierre fait le procès des élites de la télévision en se réclamant de la Révolution Française. Il fait donc trancher les têtes des stars du Journal Télévisé après les avoir kidnappés. C’est ce qui arrive à Kay, danseuse en phase de recrutement, alors qu’elle se trouve dans le bureau d’un directeur artistique.

Si le sujet est ambitieux et un brin facile, le résultat est bien tiède. On comprend les motivations égalitaires de Robespierre, mais il utilise les mêmes méthodes que son ennemi. Sa révolution est donc appelée à être un échec ou une nouvelle tyrannie.

Mais qu’en est il de la belle Kay? L’alibi sexuel de l’album a la particularité d’être sans culotte dans tout l’album. Manara est un rigolo.  Et si il parvient à nous faire rire (et encore), l’album est bancal, manquant de profondeur, d’érotisme et de fond. La toute fin de l’album est expédiée.

Comme d’habitude, il n’y a rien de déplaisant à la lecture. Le dessin est toujours égal, flatteur pour l’héroïne, grossier pour la plupart des hommes, quoiqu’il y ait des exceptions avec le personnage charismatique de Robespierre.

Un album plus que moyen du maestro.

- Pendant la pirouette, on a clairement vu votre culotte. Mais si nous voulons captiver le spectateur, nous devons le faire réver. Il faut plus de transgression ! Plus de “je te vois, je ne te vois pas !”

(Version lue Albin Michel / L’Echo Des Savanes)

Les Perles de l’Amour de Georges Lévis et Francis Leroi

Georges Lévis est un auteur classique évoqué plusieurs fois ici.

En bref, Henry Johns, capitaine de l’armée Britannique, vit une grande passion avec Virginia dans les Indes fin 19e. Mais le beau capitaine a promis de sauver Gladys, la fille d’un lord retenue captive par le maharadja local.

Dans ce cadre digne des pulp des années 50, l’aventure et le dépaysement matinés de scènes de sexe sont au programme. On ne peut s’empêcher de sourire devant la légèreté de l’histoire. Le héros et ses beaux principes est tel un chevalier blanc qui bande malgré lui et saute (ou se fait sauter dessus par) toutes les donzelles qui passent.

Prendre cet album au 1er degré est un crime. Lisez la séquence où notre héros se retrouve au garde à vous devant un sauveur mystérieux avec le sexe dépassant du caleçon. On se moque gentillement du flegme Britannique dans cette Inde de cliché.

Et le dessin, ainsi que la mise en scène des pages, de G. Lévis sont bluffants. Le trait est classieux, la mise en page dynamique.

La lecture des Perles de l’Amour est plus que plaisante, si on n’est pas atterré par le scénario. Sans jamais être vulgaire dans les propos, les dessins sont explicites, le contraste établissant le second degré.

- Comme étourdie, elle presse sa bouche en un baiser infini qui scelle leur amour…

(Version lue Albin Michel / L’Echo Des Savanes)

Ranxerox de Liberatore

Liberatore est un auteur de bandes dessinées plutôt rare. Il travaille notamment pour le cinéma.

En bref, à partir d’une photocopieuse, Ranxerox est un robot au service de Lubna, 12 ans. Plongé dans une Rome futuristique et ultra violent, nous suivons les aventures sanglantes du robot. Lubna mène son robot au doigt et à l’oeil, presque cruelle, clairement sans aucun sentiment.

Le futur décrit par Liberatore est très pessimiste, très proche du mouvement cyberpunk. La drogue est partout. Les hommes sont insensibles à leurs prochains. Ranx, bien qu’étant un robot et donc aux sentiments et réactions programmés, parait bien plus humain que les autres personnages. Il est entièrement dévoué à sa Lubna.Il est à la fois son homme de main et son amant.

Bien que peu de pages soient très peu explicites sexuellement parlant, le dessin et l’ambiance rendent un climat très sexué. Le rendu des corps et les couleurs rappellent Sex In Italy.

Ranxerox est une Bande Dessinée culte des années 80. Les 3 volumes sont un peu inégaux, surtout le 3e (scénarisé par Alain Chabat pour l’anecdote). L’intérêt se perd vite, donc concentrez vous sur le premier volume essentiellement. Attention de par l’âge des protagonistes, la BD peut choquer !

- Mon Ranx chéri, tu me rends folle… C’est pour ça que Lubna disparait des semaines entières !

(Version lue intégrale Echo des Savanes / Albin Michel)

Erma Jaguar d’Alex Varenne

Alex Varenne est un de ces auteurs qui a été publié par l’Echo Des Savanes, magazine culte qui nous a fait découvrir énormément d’albums.

Très difficile d’évoquer cette histoire sans déflorer son contenu, je mets donc une balise SPOILER.

En bref, Erma est une jeune femme blonde arpentant les rues dans sa jaguar. Une histoire en 3 volumes ou 3 fois la même histoire aussi. Certains personnages sont récurrents comme Charlotte, qui n’est autre que l’Amour d’Erma.

Le récit est confus et parfois abherrant, mais tout cela est volontaire. Malheureusement au terme des 3 volumes, le lecteur interpellé par l’oeuvre ne sait pas si l’auteur ne s’est pas juste foutu de lui. Ou bien Varenne a parfaitement maîtrisé son sujet. Entre scènes saphiques, voyeuses, mélangeant beaucoup de sexualités et le récit en lui même, on est bringuebalé dans un flot de fantaisies parfois lourdes, mais de rares moments font réaliser qu’il force des références : la femme dominatrice, manipulatrice et libérée, la violence des rapports avec les hommes, leur humiliation aussi. Et Erma n’est pas celle que l’on croit.

Difficile de déméler le paragraphe précédent, mais certaines choses ne peuvent êre révélées sans nuire totalement à la lecture.

Le trait est marqué par son époque et la filiation avec L’Echo est nette. Le coup de crayon est noir, marquant les ombres et les regards. On est loin d’être emballé par son dessin, très académique et sans grande originalité.

C’est vraiment dans le récit le point fort de cette intégrale, mais qui reste assez anecdotique somme toute. Trop de rêves tue le rêve.

“Espèce de jagouine, t’es malade du cul et de la tête!”

(Version lue Intégrale Drugtsore)