Gwendoline, En Course Pour la Gold Cup et Autres Raretés de John Willie

Delcourt continue à publier les aventures de Gwendoline, déjà évoquées ici pour le premier volume.

En bref, “Gwendoline, En Course pour la Gold Cup” est un recueil comprenant une histoire complète, quelques récits inachevés et surtout une trentaine d’illustrations en couleurs.

Il est malheureux de constater que WIllie a fini peu d’histoire. Si on garde une préférence pour ses dessins plutôt que ses scénarios, connaitre une histoire “de a à z” est toujours plaisant.

“En Course pour la Gold Cup” met en scène Gwendoline, victime idéale, fraîche, candide et pure et U69, une espionne, reine de l’évasion qui n’a rien contre être attachée. Elles vont déjouer les plans de Sire D’Arcy et de sa comparse, la Comtesse, qui veulent rafler l’héritage de la belle.

On retient la force des cases de Willie et ses mises en situations. Les dessins contiennent forcément beaucoup de bondage et de fétichisme (chaussures à talons, bas couture, corsets). La perversité des situations vécues est délicieuse, il y a souvent un second degré aux réflexions avec un trait d’humour de temps en temps. Et tout cela est fait sans situations ouvertement sexuelles.

Un classique de la Bande Dessinée du genre datant des Années 50, c’est assez rare pour foncer dessus et savourer !

- Que dirais-tu de quelques leçons sur les nœuds en attendant?

(Version lue Delcourt Erotix)

Sois Vicieux de Matthias Schulteiss

Matthias Schulteiss est un auteur français aux parutions multiples.

En bref, un couple s’envoie en l’air au sommet d’une grue. Ils sont rejoint plus tard par un transexuel.

Les premières pages sont déroutantes. Il y a une ambition affichée, la quête d’un homme, d’un couple vers  la fusion charnelle. Le récit commence dans un avion retenu en l’air par des câbles, le contexte est flou, on ressent la tension de l’homme dans son changement de vie, réclamant le repos du guerrier. Mais c’est cotonneux, proche du rêve.

Et lorsque le récit enchaine vers le couple et la grue, on retrouve nos marques. Et on assiste à la ronde de séduction et le jeu auquel le couple se prête. La règle première est qu’il n’y aura pas de pénétration. Ils se regardent, se caressent et l’homme bouillonne de plus en plus, madame aussi. Ce crescendo magnifie la complicité de 2 êtres prêts à tout essayer ensemble.

Et c’est aussi le cas quand Madame revient avec une complice. Dès ce moment, les barrières explosent et on oublie toute retenue.

Sous une forme originale (la case et le dialogue à coté), Schulteiss parvient, avec son trait particulier, à nous transporter dans les échanges du couple. Certes, son dessin pourra rebuter quelques uns, mais le parti pris est osé. Sans être photoréaliste , l’action est vivante. Il faut reconnaitre que les dialogues sont une force dans ce récit, malgré leur coté un peu trop soutenue dans le registre.

Une oeuvre originale que je rapproche de Chiara Rosenberg pour l’exploration charnelle du couple. Attention, le contenu est très hard !

- Tout brûle sur ma peau. La pluie, ou tes mains… Branle-moi… Plus. La main entière.

(Version lue Delcourt Erotix)

Black Kiss de Howard Chaykin

Connu pour avoir dessiné Star Wars en Comics, Chaykin s’est vite détaché de l’adaptation de licence pour développer ses univers et personnages.

En bref, Dagmar, superbe blonde plantureuse, cherche à remettre la main sur une vidéo compromettante. Avec sa complice Beverly, star sur le déclin, elles vont être rejointes par Pollack, un saxophoniste en fuite.

Le scénario est digne d’un film “Noir”. Et la quantité de sang qui va couler reste dans le ton. Mais le personnage de Dagmar, sensuelle et troublante, intrigue de sous entendus, jusqu’à la révélation. Dagmar est en fait un transexuel “équipé” offrant son corps.

Les dialogues sont une perle rare et complètent le cadre cinématographique. Qualifier Black Kiss d’hybride entre Noir et pornographie n’est pas juste. C’est un récit Noir complètement adulte et moderne. On perçoit des sphères pas glorieuses avec règlements de compte et sexe sans tabous où la violence n’est jamais très loin.

On retient le personnage de Dagmar plus féminine et sexy que bon nombre de personnage féminin, ce genre de femmes qui attirent tous les regards et tous les désirs.

On y retrouve une folie qui rappelle Sin City de Franck Miller, un mal sourd et destructeur et tout le monde sait que l’issue sera lourde.

- Salut chou, c’est Dagmar. J’adorerais te sucer la queue. J’adorerais te parler aussi. Mais te prendre au téléphone, là, je peux pas. Parce que je montre à un petit veinard ce que 1m75 et 18 cm de vraie blonde en chaleur peuvent faire à un homme. 18 bons centimètres…

(Version lue Delcourt Erotix)

L’Internat Féminin et Autres Contes Coquins de Magnus

Nous avons déjà parlé de Magnus pour sa BD la plus connue, les 110 pilules.

En bref, Delcourt compile 4 récits courts de Magnus. Ces histoires représentent l’univers dans lequel l’auteur évoluait, des histoires mêlant horreur, sexe et suspense. Tour à tour, Magnus nous plonge dans la Fantasy (Dix Chevaliers pour un Magicien, Le Crâne vivant) et  l’horreur et le thriller (Minuit de Mort et l’Internat Féminin).

Les histoires sont à la fois grotesques et légères. On nage en plein divertissement adulte avec son lot de rires, de frissons coquins et de peur. Il y a quelque chose de très habile dans tout ça. On ne lit pas des grandes histoires, ce ne sont pas des chefs d’oeuvres, mais à l’instar de Sam Bot, il est difficile de reposer la BD une fois commencée.

Le trait noir et épais de Magnus est impérial. Ses femmes sont tour à tour fortes, victimes de la cruauté et vengeresses. Ce qu’elles ne sont pas est réservé aux hommes qui, eux, peuvent être stupides, violents, etc. La naïveté de certains passages contraste fortement avec la perversité de certaines scènes, ce qui m’a rappelé les gialli (notamment dans l’Internat Féminin).

Il y tout dans ses pages pour ravir un amateur de sensations légères et dépaysantes. Tout est assumé, parfois exagéré, mais vise à la satisfaction du lecteur.

- Chacun de vous doit me faire jouir, mais d’une façon différente. Vous en serez capables?

(Version lue Delcourt Erotix)

Sam Bot de Raoul Buzzelli

Si on s’intéresse à l’évolution de la Bande Dessinée érotique, nous sommes obligés de passer par la case ElviFrance. Cette société d’éditions, reprenant essentiellement des publications italiennes, a sévi dès le début des années 70 jusque la fin des années 80 et elle a le palmarès de la société la plus visée par la censure.

Raoul Buzelli a vécu dans l’ombre de son frère Guido, qui connaissait plus de succès à l’époque. Son personnage Sam Bot et son auteur semblent être les mêmes personnes fauchés.

En bref, Sam Bot est un jeune londonien sans le sou avec un terrible secret : il a un sexe énorme.

Les aventures du pauvre Sam le feront rencontrer Orchidée, une blonde jamais rassasiée, son oncle Archibald, collectionneur d’artefacts de tueurs en série et son majordome Pear Odor qui empeste. Tous les personnages sont hauts en couleurs, quasiment fous, loufoques c’est certain.

Si les histoires sont relativement peu sexuées, l’adaptation de George Bielec est de grande qualité. L’argot employé, les jeux de mots multiples en font une lecture hautement distrayante malgré une base lourde. Les premières pages décrivent la vie de Sam, dans la dèche, sans aucun espoir.

Le tout est un vrai délice! Les tribulations de Sam et de la bande sont pleines de rebondissements, d’humour, de clins d’oeil coquins, des morts, des courses. La collectionnite aigüe de l’oncle Archibald orientée vers les tueurs en série et leurs équipements sert de moteur à l’histoire.

Petite anecdote : Toutes les femmes (sauf la tante Bot) sont forcément saute-au-paf et insatiables. Mais c’est traité de façon légère. Pour autant, le propos est loin d’être misogyne, le héros n’est jamais maitre de ses élans.

Il faut quand même rappeler que les parutions ElviFrance étaient des lectures adultes (soit violentes ou sexelles) et là, l’objet est de faire rire, détendre. C’est réussi. J’attends la suite des aventures de ce personnage attachant.

- Ca me botte! Quel énorme trésor, capitaine Sam! Quelles fabuleuses richesses! Comment un aussi volumineux secret a-t-il pu rester caché?

(Version lue Delcourt Erotix)

Chiara Rosenberg de Roberto Baldazzini et Celestino Pes

ou “La Double Vie d’Une Dominatrice.”

Que produit la rencontre entre Baldazzini, le dessinateur des “Casahoward“,  et Pes, le scénariste de “Magenta“? On pouvait s’attendre à un monstre oscillant entre comédie et personnages ultra pervers, il n’en est rien. Ils nous délivrent une réflexion sur le sadomasochisme et l’amour en général.

En bref, Chiara est soumise à son mari avec lequel les jeux sont de plus en plus durs, violents et humiliants. La rencontre avec un jeune photographe bouleverse la vie de la belle brune qui devient la maitresse du jeune homme.

On découvre ce couple visiblement proche aux jeux sexuels pervers et tordus dont Chiara parait victime, et dans lesquels le mari se complait à laisser aller sa cruauté pour parvenir à s’exciter. La vie sexuelle d’un couple marié semblant passer par une loi tacite, celle où l’homme sera celui qui jouit au dépend de sa femme. C’est malgré tout un couple uni, malgré l’ennui que Chiara montre.

Concernant l’amant, le rapport s’inverse. Lui, amoureux transi, se transformera peu à peu en fou furieux, prêt à tout pour son amour qu’il assimile au divin. Il remplit cependant un rôle important pour Chiara qui voit en lui une échappatoire de son mariage et s’en servira comme d’un objet pour pallier à ses frustrations. Car, oui, l’héroïne, frustrée par son rôle de chose entre les bras de son mari, devient une redoutable tortionnaire pour son amant, imposant sa domination de la même façon brutale que son époux.

Le dessin de Baldazzini est parfait pour ce récit bien plus psychologique que ces autres ouvrages. Je m’étonnerai toujours du trait si simple contrastant avec une histoire si rude, si crue.

Définitivement à lire !

- Je fais ce que je veux, que ce soit à toi ou à ton chien !

(Version lue Delcourt Erotix – Editions en couleurs)

Celluloid de Dave McKean

Dave McKean s’est rendu célèbre pour les couvertures de Sandman et aussi pour son travail sur Batman Arkham Asylum, qui sont à eux deux parmi les comics les plus enthousiasmants des années 90.

En bref, une femme arrive dans un appartement. Après une conversation téléphonique décevante avec ce qui semble être son amant, elle regarde un film à partir d’un projecteur. Le film montre un couple en plein ébat. Au terme du film, une porte se trouve dans l’écran. Elle l’ouvre et sy’engouffre.

Ce “roman graphique” va rebuter plus d’un lecteur. Pas une seule parole, pas un mot n’est prononcé. Mais ce n’est pas tout. Le style graphique est très élaboré, mélangeant toute sorte de techniques dont la photographie, le collage, la retouche. On a affaire à un vrai travail artistique.

Chaque porte franchie par l’héroïne entraine un changement de style, des nouvelles couleurs, des nouveaux délires (femme à la poitrine multiple, comparaison de fruits et de sexe, fellation sur un diable, etc.). On se trouve vite happé dans ces univers où les mots fantasmes et délires se mêlent et qui sont à prendre comme autant de tableaux aux inspirations variées et modernes (cubisme, etc.).

Celluloid est un projet ambitieux qui m’a enthousiasmé. La dernière “projection” m’a beaucoup fait penser à “Lost Highway” de David Lynch avec la découverte du film porno avec la blonde en héroïne. C’est une BD érotique très cérébrale et relativement peu excitante, quoique… A lire !!!

(Version lue Delcourt)

Mona Street 1 et 2 de Leone Frollo

Nous avions déjà parlé de Frollo pour sa série des “Casino.” C’est la dernière Bande Dessinée parue avant son décès.

En bref, Mona est une jeune femme blonde qui, sous des dehors prudes, cache bien son jeu. C’est une experte des choses de l’amour et elle tient à le partager avec le plus grand nombre.

Bien moins porno que les Casino, la série des Mona street est plus enthousiasmante. En effet, le dessin s’est affiné. Les femmes de Frollo sont très identifiables avec leur regards affutés, leur formes rebondies et leur psychologie volontaire, mutine mais pas saute-au-paf à mort. Frollo place son histoire dans les années 20. L’ambiance début de siècle lui réussit bien.

Le premier tome s’attarde sur Mona et ses amies, son apprentissage au pensionnat, etc. Tous ces lieux sont interdits aux hommes et propres donc à tous les fantasmes. C’est bien ce que réussit Frollo. Il nous offre des situations fantasmées assez fines et ne détaille que des plans saphiques.

Le deuxième tome évoque les aventures vénitiennes de Mona qui y recherche la femme d’un comte, un gondolier et lutte contre une étrange confrérie. Très court, moins inspiré que le premier (à mon avis), il revient vers des histoires à la Casino avec un certain goût pudique, bien intéressant.

Les 2 tomes laissent sur la faim. C’est court, assez affriolant. On en veut davantage !!!

- La première fois qu’on voit une chose pareille, on en sort un peu troublée.

(Version lue Dominique Leroy Editions en ebooks et Delcourt Erotix)

(Juste pour la forme, c’était mes premières lectures sur écran. Rien ne remplacera une BD entre les mains que la souris…)

MAJ (28/04/2011) :

J’ai déniché l’exemplaire papier de Mona Street 2 où 2 histoires supplémentaires et quelques planches sont fournies. On peut découvrir le dessin si fin de Frollo. En terme de plaisir de lecture, il n’y a aucune comparaison possible. De quoi tomber raide dingue de Mona, de ses poses, de ses formes… Un vrai délice pour les yeux que les scans ne rendent absolument pas. Amateurs de femmes rondes, gentiment coquines, avec le style du début du 20e.  Un travail remarquable !!

MAJ 19/12/2011 : Delcourt a sorti une intégrale de très belle facture reprenant toutes les histoires de Mona Street. On s’étonne toujours du trait impeccable de Frollo. Certaines histoires sont sans encrage avec un trait tellement fin.

C’est la version à acheter (et la plus facile à se procurer). Il manque cependant des illustrations disponibles sur la version papier de Mona 2…

On apprécie toujours autant les courbes des femmes de Frollo, envoutantes et pleines de grâces, savoureusement provocantes. Parfait exemple de la BD érotique, c’est un “must have” !