Haldernablou de Alfred Jarry & Tom de Pékin

Tom De Pékin est un artiste français. Ces champs d’action sont l’illustration et la performance. Alfred Jarry est un poète et dramaturge du 19e siècle, auteur entre autres de “Ubu Roi”.

En bref, Tom de Pékin livre une version de Haldernablou, pièce écrite en 1894, illustrée avec ses thèmes et obsessions.

Le texte est inchangé et l’accord avec les dessins sadomasochistes gay crée un contraste ébouriffant. Chaque personnage porte une cagoule, offrant anonymat mais aussi une violence certaine.

Le livre entier est sous la direction de Tom de Pékin, les textes aussi sont mis en forme.

Mais c’est surtout la rencontre de 2 époques, ainsi que de 2 moyens d’expression. Le dessinateur n’hésite pas à mêler ses personnages à des décors forestiers, des batraciens, des insectes et autres animaux nocturnes ou encore de figures mortelles et menaçantes. Les poses ne laissent que peu de doutes sur les intentions, en raccord avec le texte.

C’est toute une mise en scène et une maquette que nous propose cet ouvrage. Dense et ambitieux, c’est un plaisir de voir un texte classique revisité de la sorte.

(Version lue United Dead Artists)

Secret Identity de Craig Yoe

Le titre complet du livre est Secret Identity : The fetish art of Superman’s co-creator Joe Shuster. Craig Yoe est un spécialiste du comics rare ou introuvable.

En bref, Joe Shuster est la personne qui a dessiné Superman dans le tout premier Action Comics en 1938. Au début des années 50, il participe notamment aux “Nights Of Horror”, magazine de récits illustrés où les héroïnes étaient maltraitées dans un registre BDSM relativement soft.

Après une introduction très instructive reprenant l’histoire de la création de Superman et les déboires des créateurs du personnage avec DC Comics, on découvre cette partie du travail de Shuster.

Sa patte reste la même, ses personnages aussi. Et c’est brillant de retrouver Lois Lane ou Clark Kent se faire fouetter et d’apprécier pleinement les formes ultra féminines de ces héroïnes.

Au delà de la simple expression graphique, c’est un pan entier de l’histoire du comics entre exploitation des auteurs et censure organisée (le Comics Code Authority) qui est dévoilé au lecteur.

(Version lue en anglais Abrams ComicsArt)

 

Callipyge de Namio Harukawa

Namio Harukawa est un artiste japonais ultra-spécialisé.

En bref, Callipyge est un recueil de 32 pages en grand format reprenant une partie du travail de l’artiste. L’obsession de celui-ci pour les femmes fortes (dans tous les sens du terme) s’asseyant sur le visage d’homme constitue le fil rouge de ces œuvres.

Les femmes d’Harukawa sont bourgeoises, policières, infirmières ou en costume traditionnel ou de lycéennes. Elles fument et boivent, mais surtout dominent la gente masculine. Elles semblent le plus souvent froides, vaguement extatiques ou détachées.

Ces maitresses exercent leur autorité soit par bondage, soit en transformant l’homme en mobilier humain. Leurs fesses énormes et rondes, leur poitrine opulente et leurs dimensions dans chaque planche font qu’elles dominent même le spectateur.

Si l’aspect graphique traduit un phantasme et une soumission évidente, on peut y voir aussi un retournement des codes “traditionnels” de la pornographie où la femme est réduite à un objet sexuel et des esclaves.

(Version lue United Dead Artists)

Hopes 2 de Mavado Charon

Charon est un artiste actif sur la toile. vous pouvez retrouver son travail sur son blog et son Tumblr.

En bref, Hopes 2 est composé de deux fascicules : Hopes et Human Nature.

Hopes, avec sa couverture à fenêtre, nous place en voyeur et dévoile des scènes très hard de sadomasochisme gay. Si, dans un premier temps, on se sent plongé dans une “back-room”, on est plutôt en face de tableaux apocalyptiques qui rappellent l’Enfer selon Bosch.

Les tableaux s’étalent sur des double-pages sales, violentes et morbides. Le squat de départ laisse place peu à peu à une salle de torture pleine de sueur, de sang, de larmes et de toutes les autres sécrétions possibles. L’ambiance moite et rude n’est pas là pour nous mettre à l’aise.

Dérangeant et marquant, on en sort pas indemne. Chaque page est riche de détails, elles dévoilent toutes des scènes cruelles et perverses. Le purgatoire de Charon n’est pas des plus tendres.

Vous pouvez aussi vous en faire une idée plus précise sur les liens en intro.

(version lue Imprimeries Clandestines de Montreuil – disponible chez BD Spirit, Paris 18e, Rue Ramey)

Curiosités Perverses de Sophie de Erich Von Götha

Erich Von Götha a déjà été évoqué sur ces pages.

En bref, Sophie est une lycéenne anglaise à Londres en 1958. Très prude, elle ne comprend pas qu’on puisse étudier les écrits de Sade à l’école. Sur le chemin du retour, elle se voit confier une mallette au contenu très explicite qui la met dans tous ses émois. Il y a aussi un rendez vous où elle décide finalement d’aller. Dès ce moment, sa vie bascule et elle va découvrir de nouveaux plaisirs.

Von Götha a toujours ce trait et ces couleurs si fascinants.Le style BCBG de Sophie découvrant les joies du sexe et la soumission en font une parfaite machine à fantasmes et fantaisies.

Le récit dans une époque contemporaine permet des jeux plus modernes avec l’apparition de “Glory Holes” (des trous dans des parois laissant dépasser des sexes masculins “à disposition”). Mais certaines choses sont constantes avec Von Götha : une société secrète, élitiste, aux jeux sexuels très poussés et une jeune femme livrée à leurs jeux (pour son plaisir).

La lecture est plus facile qu’un volume de Janice. On reste dans un univers SM relativement léger, où la perversion et la surenchère de participants sont plus mises en avant que la cruauté. Et le fantasme de la fille coincée qui devient insatiable est un thème classique qui a encore de beaux jours devant lui.

- Il y a tant de verges… Ça me fait tourner la tête …

(Version lue BEDE Adult’)

Sophisticated Ladies de Paula Meadows

Paula Meadows est le pseudonyme de Lynn Paula Russell, artiste multi-casquettes, Actrice X, danseuse, dessinatrice et peintre.

En bref, Paula, jeune artiste-peintre, est engagée par un couple d’aristocrates pour réaliser leur portrait dans l’Angleterre des années 30. Evidemment, les événements ne se passeront pas comme prévu.

Le trait fin de Meadows apporte une atmosphère très intime avec ses tons de gris et les poses de ses personnages provenant directement de séances photo. La dessinatrice se dessine elle-même tout comme Giovanna Casotto en utilisant des miroirs autour de sa table. La réalité se confond ainsi avec le fantasme qu’est la BD.

Très marquée par la fessée et le SM “soft”, la BD est assez sophistiquée. On y trouve une atmosphère très particulière qui a un charme fou. Est-ce donc cela la pornographie féminine?

On ne peut que saluer le travail effectué pour cette réédition parce que les planches originales ont tout simplement disparu. Chaque planche a fait l’objet d’un travail de restauration (4 planches sont quand même moins lisibles). Et la préface est assurée par Erich Von Götha, que de grands noms !!!

- C’est la preuve que son cul regorge d’énergie !

(Version lue DYNAMITE Collection Petits Pétards)

Féminisation : Le Prix De La Lingerie de Xavier Duvet

On a déjà évoqué Xavier Duvet pour Discipline : Maitresse Dominique.

En bref, 2 histoires de travestis sont au menu de ce volume. Le premier raconte l’histoire de Jean, un jeune homme qui se retrouve aux prises avec la propriétaire d’un magasin de lingerie. Et le second récit parle d’un couple dans lequel la femme transforme son mari en soubrette dévouée.

Le point commun des ces histoires est la domination totale de la femme. Se voulant basés sur des confessions véridiques, ces récits restent sidérants dans leur déroulement. A contre pied des clichés habituelles de la pornographie, les humiliations sont permanentes pour le personnage masculin qui se retrouve enfermé et contraint à rester dans sa peau féminine. Il y a peu de violences physiques, mais une pression psychologique féminine constante et une forme de résignation masculine.

A la lecture, on ressent une forme de fatalité. La sexualité présentée n’est pas désirée par les hommes, mais ils la subissent. Ils la désiraient quelque part, les femmes et les vêtements révélant leur penchant.

Le trait de Duvet en noir & blanc pour cette série reste bluffant. Les expressions de visage sont vraiment très réussies.

Les BDs de Xavier Duvet offrent quelque chose d’unique et d’extrême. Vous n’en sortirez pas indemne.

- Au petit matin, j’étais épuisé et mes draps étaient couverts de sperme. Et je savais désormais quel était mon rôle.

(Version lue Tabou Editions)

Discipline : Maitresse Dominique de Xavier Duvet

Xavier Duvet est un auteur sévissant depuis plus de 21 ans.

En bref, Maitresse Dominique raconte son parcours de jeune homme amoureux des dessous féminins jusqu’à son statut de Maîtresse.

Explorant une sexualité très peu mise en avant, Discipline dévoile le fétichisme des sous-vêtements féminins, le transgenre et les relations sadomasochistes. C’est un monde de sensations fortes, un monde où les hommes sont entièrement soumis à des femmes dominatrices.

Le parcours de Dominique commence à l’adolescence. On rentre vite dans le vif du sujet dès qu’il se met au service de celle qui deviendra sa mentor, maîtresse Claire. Celle-ci le forme et éduque son esprit et son corps.

Avec des planches réalisées à l’aérographe, ainsi qu’une construction de pages dynamique, Duvet a un vrai talent à nous faire rentrer dans cet univers. On reste dans le ton de confessions illustrées.

Hors la représentation graphique extrêmement détaillée, ce qui choque est la psychologie des personnages. L’emprise est totale. Comparée aux autres BDs traitant de SM, celle-ci reste largement du dessus du lot. On ne peut s’empêcher de s’interroger : quel rôle pourrais-je tenir? Pourrais-je vivre cette expérience? Ce qui est certain, c’est que c’est un sacerdoce, un style de vie de tous les instants.

Donc, la lecture ne laisse pas indemne, l’avertissement figurant sur la BD n’est pas pour faire joli.

- Je suis Sonia, ma cocotte, et je vais t’apprendre à ne plus penser avec ta bite… Mais avec ton cul !

(Version lue Tabou Editions)