L’Imaginaire Erotique au Japon d’Agnès Giard

On connait Agnès Giard à travers notamment son blog : Les 400 Culs.

En bref, si pour beaucoup, le Japon est la patrie du Hentaï (Manga pornographique très osé) . Agnès Giard explore pour nous toutes les facettes de l’érotisme nippon. Et l’univers de celui-ci est riche de thèmes.

Pour tout amateur de ce pays fascinant, cet ouvrage est une référence. Très éclectique, il dresse un portrait fascinant de la complexité de la psyché japonaise.

Pour la partie graphique, on y retrouve forcément le hentaï tentaculaire, les estampes traditionnelles, le Guro, etc. Mais il y a aussi une présentation des lieux de sexe, des tendances très particulières comme la culotte, les uniformes d’étudiantes, la honte, le shibari, la position de l’homme et de la femme, etc.

Le livre est très riche et écrit dans un style très agréable accessible à tous. L’ensemble parait délirant, tant il semble n’y avoir aucune barrière, ni tabou en matière de sexe au Pays du Soleil Levant.

Définitivement à lire pour tous les curieux du Japon, mais aussi pour tout ceux que le sujet Sexe intéresse.

(Version lue Albin Michel)

L’Amour Propre (ne le reste jamais très longtemps) de Martin Veyron

Martin Veyron est un des auteurs phare des années 80, portés par l’Echo Des Savanes. Toute une époque donc !

En bref, un jeune homme, après une rencontre marquante, se met en quête du point G chez toutes ses partenaires.

Plus qu’une étude anatomique, Veyron pose une époque, des relations humaines et met en lumière une forme de transition entre l’amour physique et la performance sexuelle. On est plongé dans les discussions qui, plus de 20 ans après l’édition, restent d’actualité.

Mais qu’est-ce donc que le point G? Les premières pages situent le dit point et rien de tel qu’une mise en pratique dans les toilettes. Sitôt présenté au Graal, le héros/lecteur y est confronté. Cette rencontre métamorphose sa perception du sexe, plus besoin de “caresses interminables” ou de “limer pendant des heures”, une stimulation précise est la clé de l’orgasme !

Apportant un divertissement frais et adulte sans tomber dans le vulgaire, l’Amour Propre est une lecture obligatoire ! Intelligent et abordant plusieurs types de relations (recherche anatomique, cocufiage, et même l’Amour), mais aussi des thèmes nouveaux pour l’époque (le point G, l’éjaculation féminine), la BD apporte des citations pleines d’humour gravées dans ma mémoire.

- La grossiéreté c’est pareil, au bon moment, c’est excitant, au mauvais, c’est la douche ! …

- Même plombées à mort, les cravates de notaire sont inoffensives !

(Version lue Albin Michel / L’Echo Des Savanes)

Jehanne de Paul Gillon

On a parlé de Paul Gillon pour sa série de la Survivante.

En Bref, Gillon nous donne sa vision de Jeanne d’Arc. Comment la petite bergère prend les armes pour bouter les Anglais hors du Royaume de France pendant la Guerre de Cent Ans.

La première page et la révélation de la nature des voix perçues par la sainte font fort. On s’attend à une sorte de déluge d’images fortes tordant le cou au mythe. Finalement on en est loin. L’objectif n’est pas de choquer, c’est une sorte de version alternative qui reste probable.

Les grandes scènes de la vie de Jeanne (ici Jehanne) sont reprises. Ce que j’ai retenu est la “complicité” avec Gilles de Rais, plus connu sous le nom de “Barbe Bleue” (mais c’est une autre histoire), qui se place en mentor et guide qui lui apprend la vie, tout en défendant sa virginité.

Le dessin de Gillon fonctionne parfaitement avec l’ambiance médiévale. Comme, pour la Survivante, ses personnages ont cette folie perceptible dans le regard. Tout comme Jehanne apparait parfois comme une fanatique.

Au final, c’est une adaptation solide, forcément adulte, qui se lit très bien.

- Il est d’autres portes… Plus étroites et plus secrètes… Je t’apprendrai…

(Version lue l’Echo Des Savanes / Albin Michel)

A Corps Perdu de G. Lévis

4e titre chroniqué de G. Lévis, alias Jean Sidobre.

En bref, des mains se baladent sur un clavier et nous ne voyons que le texte défiler et nous emporter dans la Russie des Tsars fin 1919. Nous suivons les aventures complètement incroyables de Jelly, belle blonde mi-espionne mi-pute de luxe. Et on verra du pays, Russie, France, Egypte, parfois de façons très tirées par les cheveux.

Jelly est un personnage assez curieux, quasi passive, sauf quand il s’agit de passer à l’horizontal. Pourtant elle reste au coeur du récit toujours à suivre son amant.

La structure narrative pêche d’un certain manque de suivi entre les bonds dans le récit. Le lecteur est baladé et finalement perd tout intérêt à l’histoire. Mais les charmes de la blonde sont ravageurs. Le romanesque des situations et les rencontres donnent un coté très pulp, mais ce n’est pas suffisant.

Plus ambitieux que les Perles de l’Amour, la BD n’atteint pas ses objectifs. Dommage pour la quasi dernière œuvre de Lévis. Le trait ne fait pas tout malheureusement. Et la volonté de retranscrire une épopée “historique”, même désuète, mérite plus de clarté.

- Nous avons reçu deux nouvelles pensionnaires qui vous plairont certainement, major.

- Pas autant que vous, chère amie.

(Version lue Albin Michel / L’Echos Des Savanes)

 

 

Révolution de Milo Manara

Devant les déesses dessinées par Manara, on oublie vite le passé activiste de l’auteur.  On peut sentir ses messages dans les aventures de Giuseppe Bergman.

En bref, un ersatz de Robespierre fait le procès des élites de la télévision en se réclamant de la Révolution Française. Il fait donc trancher les têtes des stars du Journal Télévisé après les avoir kidnappés. C’est ce qui arrive à Kay, danseuse en phase de recrutement, alors qu’elle se trouve dans le bureau d’un directeur artistique.

Si le sujet est ambitieux et un brin facile, le résultat est bien tiède. On comprend les motivations égalitaires de Robespierre, mais il utilise les mêmes méthodes que son ennemi. Sa révolution est donc appelée à être un échec ou une nouvelle tyrannie.

Mais qu’en est il de la belle Kay? L’alibi sexuel de l’album a la particularité d’être sans culotte dans tout l’album. Manara est un rigolo.  Et si il parvient à nous faire rire (et encore), l’album est bancal, manquant de profondeur, d’érotisme et de fond. La toute fin de l’album est expédiée.

Comme d’habitude, il n’y a rien de déplaisant à la lecture. Le dessin est toujours égal, flatteur pour l’héroïne, grossier pour la plupart des hommes, quoiqu’il y ait des exceptions avec le personnage charismatique de Robespierre.

Un album plus que moyen du maestro.

- Pendant la pirouette, on a clairement vu votre culotte. Mais si nous voulons captiver le spectateur, nous devons le faire réver. Il faut plus de transgression ! Plus de “je te vois, je ne te vois pas !”

(Version lue Albin Michel / L’Echo Des Savanes)

Carmen de Georges Pichard

Auteur Français majeur pour la Bande Dessinée Adulte, nous avons parlé de Pichard ici précédemment.

En bref, Carmen est une bohémienne rouleuse de cigares. Suite à une embrouille avec une de ses collègues, elle est sauvée de la prison par Don José, un soldat qui tombe sous son charme. L’histoire est connue puisque la nouvelle de Prosper Mérimée inspirera l’opéra du même nom de Bizet.

De la séduction, en passant par la légèreté de la cuisse jusqu’à l’amour fou et dévorant, Don José va être le jouet de Carmen. Les sentiments du soldat sont mis à rude épreuve et sa fierté maintes fois piétinée lui fait goûter l’amertume de la jalousie et la folie à laquelle elle mène.

Sans être l’ouvrage le plus érotique de Pichard, le thème moderne de la femme forte et libérée qu’est Carmen ne peut que retenir notre attention. Sa sensualité débridée qu’elle contrôle parfaitement fait qu’elle a tous les hommes à ses pieds. Elle est en avance sur son temps. Don José est amoureux d’elle, mais, dans son égoïsme, il ne sait que la retenir près d’elle. Et le lecteur ne peut lui aussi qu’être tenté par ses charmes et son regard.

Tout ici nous mène au drame, ce qui constitue en soi toujours une leçon pour tous les hommes, mais aussi pour les femmes dont les hommes ne sont que des jouets pour Mérimée.

- Ah ! Tu es jaloux ! Tant pis pour toi. Ne vois tu pas que je t’aime puisque je ne t’ai jamais demandé d’argent ?

(Version lue Le Square – Albin Michel)

Les Perles de l’Amour de Georges Lévis et Francis Leroi

Georges Lévis est un auteur classique évoqué plusieurs fois ici.

En bref, Henry Johns, capitaine de l’armée Britannique, vit une grande passion avec Virginia dans les Indes fin 19e. Mais le beau capitaine a promis de sauver Gladys, la fille d’un lord retenue captive par le maharadja local.

Dans ce cadre digne des pulp des années 50, l’aventure et le dépaysement matinés de scènes de sexe sont au programme. On ne peut s’empêcher de sourire devant la légèreté de l’histoire. Le héros et ses beaux principes est tel un chevalier blanc qui bande malgré lui et saute (ou se fait sauter dessus par) toutes les donzelles qui passent.

Prendre cet album au 1er degré est un crime. Lisez la séquence où notre héros se retrouve au garde à vous devant un sauveur mystérieux avec le sexe dépassant du caleçon. On se moque gentillement du flegme Britannique dans cette Inde de cliché.

Et le dessin, ainsi que la mise en scène des pages, de G. Lévis sont bluffants. Le trait est classieux, la mise en page dynamique.

La lecture des Perles de l’Amour est plus que plaisante, si on n’est pas atterré par le scénario. Sans jamais être vulgaire dans les propos, les dessins sont explicites, le contraste établissant le second degré.

- Comme étourdie, elle presse sa bouche en un baiser infini qui scelle leur amour…

(Version lue Albin Michel / L’Echo Des Savanes)

Phantasmes de Reiser

Reiser, sans être un auteur érotique, a largement sa place ici, rien que par les thèmes qu’il a abordés.

En bref, Phantasmes est un recueil de planches. Quelques sketches font plusieurs pages, mais l’essentiel tient en une page.

La qualité de Reiser est sa grande vulgarité. On imagine difficilement l’auto-censure éventuelle de l’auteur, puisqu’il ne se refuse aucun thème. C’est ainsi que la zoophilie, l’alcoolisme, la solitude et la société moderne sont abordées sans fard dans un mélange amer.

Reiser cherche le sourire, celui qui pince le lecteur et l’interpelle dans la lignée de Hara-Kiri, journal auquel il a participé. Alors c’est potache et sarcastique par moments, mais toujours humain.

On le sent amoureux des femmes et des plaisirs de la vie. Ces clins d’oeil grinçants autour du lit sont d’une perversité totale. On ne pouvait qu’aimer et lui rendre hommage.

- On ne baise plus, on s’aime…

(Version lue Albin Michel)