Yume No Q-Saku de Suehiro Maruo

Déjà évoqué pour La Jeune Fille Aux Camélias, Suehiro Maruo est le maître de l’Ero-Guro, genre très théâtral et exagéré inspiré du Grand Guignol.

En bref, Yume No Q-Saku est un recueil d’histoires courtes où la moralité sera mise à très rude épreuve. Âmes sensibles, abstenez-vous! L’univers de Maruo n’est pas fait pour les tendres. Délires sanglants, scatologiques et autres réjouissances sont au programme. Et même si vous êtes un dur, ne vous y trompez pas, vous serez choqués. Tant mieux, vous êtes encore humains.

13 histoires qui vont vous remuer. Toujours dans un Japon des années 20-30, Maruo nous pousse dans nos retranchements. L’extrême du bout, on ne peut pas aller plus loin dans l’horreur et dans une sexualité sans tabou.

La lecture fera bouillonner votre crâne. Pourquoi je continue à lire ça? Qu’est ce qui me fascine? C’est un peu la scène de film d’horreur que l’on regarde avec une main sur les yeux, mais les doigts espacés. Beaucoup de cruautés gratuites dégoûteront, mais les personnages sont terriblement humains. On comprend souvent leur motivation première (moins l’expression de cette motivation). Mais nous ne sommes pas dans un peinture du réel, n’est ce pas?

Les délires visuels emportent le lecteur dans l’onirisme, le rêve et la folie où tout peut arriver. Une oeuvre plus que conseillée, violente, marquante et visuellement au top.

- Je suis un cheval !! Je suis un porc !!

- Je suis une chaise !! Je suis tes chiottes !!

(Version lue Le Lézard Noir)

La Jeune Fille Aux Camélias de Suehiro Maruo

Suehiro Maruo est un Mangaka au style et à l’univers très particuliers. Evoquant un japon de l’ère impérialiste, il semble nous convier dans une époque pas complètement moderne d’un Japon quasi traditionnel, mélangeant écoliers en costume et les kimonos. Mais je n’ai encore rien dévoilé en disant cela, le plus simple étant de le lire. Attention, ceci est pour un public plus qu’averti.

La Jeune Fille Aux Camélias est à la croisée de Freaks de Tod Browning et de Causette. En Bref, Midori est une jeune fille vivant dans un cirque de monstres tombant amoureuse de Masamitsu, le magnifique, un nain prestidigitateur. Elle sert de souffre-douleurs et de petites mains pour le cirque et subit les assauts hautement cruels de ses hôtes.

Le récit est, comme dans la majorité des ouvrages de Maruo, d’une violence inouie et le sexe n’est qu’une part supplémentaire dans l’horreur graphique qu’il nous apporte. Je pèse mes mots, c’est un manga très dur. Beaucoup n’en verront pas la fin, le dégoût est dans toutes les pages. L’oeuvre de Maruo est qualifié d’érotisme grotesque (Ero-Guro en japonais) et on peut y rajouter “Grand Guignol”.

L’ambiance et les personnages décrits sont détestables, sauf la petite Midori et sa candeur (et encore!). Pour autant, l’histoire est fascinante et les situations sont à couper le soufle, de part leurs brutalités et leur variété. La triste réalité dépeinte place le récit à la limite du rêve et du “fantasme”. De très rares cases apportent un humour essentiel au lecteur pour le faire respirer. Au rythme des pages, de l’horreur jaillit des purs moments de poésie et la profondeur des sentiments n’en est que plus déchainée, notamment l’échappatoire amoureuse qui redonne espoir dans le monde.

Le dessin est forcément noir pour ce récit immoral. On est bien entendu dans un manga et les codes du genre sont respectés (avec un joli clin d’oeil à Kazuo Umezu d’ailleurs qui, lui officie dans le récit d’horreur mettent en scène des petites filles). Le style fin ne fait que ressortir  davantage de manière chirurgicale les malheurs subis par Midori.

Une oeuvre pessimiste, belle et effroyable qui ne laissera personne indifférent. Fan d’extrême, jetez-vous dessus. Les autres, feuilletez-le chez un ami, vous ne le verrai plus jamais du même oeil.

- Souffre encore …. Personne ne t’aidera… Le bonheur n’est pas fait pour toi

(Version lue IMHO Editions)