L’Enfer Des Bulles de Jacques Sadoul

Jacques Sadoul est un écrivain français très porteur sur le "genre". Il est l’auteur entre autres d’essais sur l’histoire de la Science-Fiction.

Jacques Sadoul Enfer des Bulles COuvEn bref, "L’Enfer Des Bulles" est un brillant livre sur les personnages féminins dans la Bande Dessinée de la naissance du 9e art jusqu’aux années 60. La version lue est la première, éditée en 1968.

Les femmes dans la BD ont très souvent joué des rôles secondaires. Les héros sont masculins, sauvent l’élue de leur cœur, luttent contre le méchant et sa sbire diablement cruelle et sexy, comme Flash Goordon ou Buck Rodgers. Elles sont légions dans les comics et la BD populaire et Sadoul les regroupent en catégories explicites : quant à leur rôle : Fiancées éternelles, minettes, victimes, super-héroines ou tarzannes.

Elles mirent du temps à être considérées et être au coeur des histoires. Très vite déshabillées et suggestives, elles servaient d’alibis sexys, et ont certainement provoquées les premiers émois de nombreuses générations d’adolescents.

C’est en feuilletant ce livre qu’on peut se rendre compte que les femmes étaient très souvent attachées et captives, telles des créatures soumises à des jeux SM. SI l’enfant ne perçoit pas ce fait, l’adulte y est plus sensible.

On apprécie l’exhaustivité affichée, américaines, Italiennes et françaises se retrouvent. Les comparaisons se font vite et les extraits proposés sont toujours pertinents. La force du livre est de transmettre l’envie de lire leurs histoires et comment elles se sont imposées peu à peu, en parallèle avec les changements de la société.

(Version lue Jean-Jacques Pauvert éditions)

Sex Press : La révolution sexuelle vue par la presse Underground 1965-1975 de Vincent Bernière et Mariel Primois

Vincent Bernière est très actif dans le milieu de la Bande Dessinée. Il est notamment à l’origine de la collection Erotix de Delcourt. Mariel Primois a été entre autres directeur artistique pour le magazine Actuel.

SEX PRESS CouvEn bref, Sex Press est une sélection de matériel publié dans diverses revues de 1965 à 1975, soit le moment fort de la révolution sexuelle et de la libéralisation des mœurs. Au travers des photos, couvertures, dessins, bandes dessinées, montages, collages, affiches, ce sont ces folles années que nous retrouvons ou découvrons.

Le livre est intelligemment découpé en thèmes : la libération de la femme, les Minorités, le porno, etc. Le curieux le feuillettera en souriant et glanant de ci de là quelques sensations fortes vintage, l’amateur dévorera et retiendra les titres de ces magazines hélas disparus.

L’époque est certes révolue. La nostalgie autour de titres tels que Actuel, Oz, Sexpol, Le Torchon Brûle ou encore Charlie Hebdo et l’Echo Des Savanes des grands jours est à savourer sans modération. L’esthétique et le graphisme ont définitivement marqué le paysage visuel.

Si on ne peut y voir qu’un vaste reflet d’une époque bouillonnante et revendicatrice, les dernières pages permettent de remettre ses connaissances à jour sur ces périodiques devenus objet de collection.

(Version lue Editions de La Martinière)

Les Histoires d’Amour au Japon De Agnès Giard

Agnès Giard a pour spécialité le sexe et le Japon. On a parlé d’elle pour son Imaginaire Erotique.

En bref, autour des plus fameuses histoires d’amour de l’Histoire et de la mythologie japonaise, Agnès Giard nous fait découvrir et mieux comprendre la psychologie amoureuse et par là même du couple dans la société nippone.

Les histoires sont rassemblées en thèmes comme la mythologie, les moines, les geishas, les épouses ou encore les amours célèbres. On peut facilement lire le tout d’un seul tenant ou feuilleter et découvrir une nouvelle histoire.

On arrive vite à la conclusion que l’amour à la nippone est très différent de la conception occidentale. Ce qui semble une évidence est ici détaillé, décrit et argumenté avec des couples célèbres sans être inaccessible et croulé sous les références.

Globalement bien écrit, on regrette cependant que certains termes japonais ne soient pas accessibles à tout instant dans un lexique, bien que cela ne soit pas un frein à la lecture.

Loin des mangas sentimentaux, mais au contraire dévoilant les rouages de la vie sentimentale japonaise, ce bottin de plus de 500 pages est une inévitable référence pour les curieux ou initiés de la vie nippone.

(Version lue Glénat)

Secret Identity de Craig Yoe

Le titre complet du livre est Secret Identity : The fetish art of Superman’s co-creator Joe Shuster. Craig Yoe est un spécialiste du comics rare ou introuvable.

En bref, Joe Shuster est la personne qui a dessiné Superman dans le tout premier Action Comics en 1938. Au début des années 50, il participe notamment aux "Nights Of Horror", magazine de récits illustrés où les héroïnes étaient maltraitées dans un registre BDSM relativement soft.

Après une introduction très instructive reprenant l’histoire de la création de Superman et les déboires des créateurs du personnage avec DC Comics, on découvre cette partie du travail de Shuster.

Sa patte reste la même, ses personnages aussi. Et c’est brillant de retrouver Lois Lane ou Clark Kent se faire fouetter et d’apprécier pleinement les formes ultra féminines de ces héroïnes.

Au delà de la simple expression graphique, c’est un pan entier de l’histoire du comics entre exploitation des auteurs et censure organisée (le Comics Code Authority) qui est dévoilé au lecteur.

(Version lue en anglais Abrams ComicsArt)

Dirty Comics (Editions Allia)

Nous avons déjà évoqué les "Dirty Comics" avec le livre Tijuana Bibles.

En bref, en 2 volumes, les Editions Allia proposent une traduction de quelques "Eight pagers". Pour rappel, ces petites BDs étaient composées de 8 pages et une couverture distribuées sous le manteau aux Etats-Unis à partir des années 20.

Quasiment un siècle après leur parution, les Dirty Comics ont perdu leur caractère sulfureux. On retient davantage le côté parodique et la relative niaiserie qui en ressort. Et c’est un plaisir.

On apprécie de pouvoir se confronter à cet érotisme daté et on peut même regretter de ne pas retrouver autant ces cotés paillards et bon enfantin.

Mais le Dirty Comics, c’est aussi un univers sans nom, puisque les auteurs ne signaient jamais leurs œuvres. Par recoupement, certains ont pu être identifiés. Sans volonté de faire de l’art, ce n’était qu’un moyen de vivre pour eux.

On conseillera cette lecture à tout ceux qui souhaitent découvrir l’histoire du genre.

- Merde alors, quelle culasse ! Mais j’ai aucune chance, ma bite est trop petite, j’ai une idée : je vais glisser une bouteille de lait dans mon pantalon pour qu’elle croie que j’assure.

(Version lue Editions Allia – 2 volumes et une intégrale)

Dictionnaire des Films Français Pornographiques et Erotiques en 16 et 35 mm de Christophe Bier

Christophe Bier est un acteur et réalisateur français. Il a publié aussi de nombreux livres sur le cinéma de genre.

En bref, 1813 films sont répertoriés dans ce dictionnaire avec une précision diabolique. Près de 2000 pages qui couvrent donc tous les films français, le tout est complété par 4 annexes et 2 index.

Le travail abattu est considérable. Pas loin d’une trentaine de rédacteurs ont complété le casting, l’équipe technique et un commentaire sur chaque film, mais aussi sa date de sortie et dans quel cinéma parisien il a été diffusé.

La résultat de ces recherches est épatant lorsqu’on sait que ces informations ne figurent même pas dans les génériques des films. La minutie est encyclopédique et le ton parfaitement neutre.

C’est un ouvrage à conseiller aux plus curieux, de vraies pépites sont à découvrir avec des anecdotes assez savoureuses. On ne peut que soutenir une œuvre aussi folle et aussi nécessaire et jubilatoire que ce dictionnaire !

(Version lue Serious Publishing)

Erotic Comics : A Graphic History Vol 1 & 2 de Tim Pilcher

Tim Pilcher est un auteur anglais spécialisé en comics.

En bref, 2 volumes sont disponibles pour ce travail remarquable qui dresse le meilleur portrait du genre à ce jour.

Le premier tome est dédié à développer l’histoire de la Bande Dessinée érotique. En partant des bas reliefs de l’antiquité, en passant par les Tijuana Bibles, Pilcher continue avec les Pin-up et le Good Girl Art. Il termine sur les comics indépendants et présente rapidement les européens les plus importants historiquement.

En évoquant un genre, il développe systématiquement avec des auteurs ou des magazines représentatifs.

Le second tome est plus précis et ne porte que sur des auteurs et des magazines plus modernes. Les européens sont plus mis en avant, et il y a un bon début sur les mangas. La partie concernant les BDs Gay est très conséquente.

Le travail de Pilcher est remarquable à plus d’un titre. Tout d’abord la synthèse qu’il propose avec son point de vue transversal est, à mon avis, unique (et non survolé comme dans l’encyclopédie de Filippini). Ensuite la maquette et les illustrations offrent un panorama très alléchant. Enfin, le genre est dévoilé avec brio et intelligence dans sa diversité.

Les ouvrages ne se destinent pas qu’aux spécialistes, mais surtout à l’amateur de Bandes Dessinées quel qu’il soit. Ce sont tout simplement les ouvrages de référence à posséder.

(Version lue en anglais T1 : Abrams Books T2 : Editions Skylight mais aussi disponible en français chez Tabou Editions Tome 1 et Tome 2)

Tijuana Bibles de Bob Adelman

Bob Adelman se présente comme un Photo-documentaliste et un producteur de livres.

En bref, on appelle "Tijuana Bibles" des livrets de huit pages de bandes dessinées clandestines aux USA au temps de la prohibition. Elles portent de nombreux noms "Eight papers" ou "Dirty Comics" par exemple.

S’appuyant souvent sur des parodies ou détournement de personnages célèbres de cette époque, on ne s’étonnera pas de trouver des personnages Disney ou des acteurs ou bien même certains dictateurs…

Premières Bandes Dessinées pornographiques commercialisées, elles offrent un coup d’oeil sur la sexualité américaine pourtant censée être très puritaine à cette époque là. La majorité des Dirty Comics n’est pas signée et, graphiquement, les styles vont du naîf à du plus élaboré, mais ça reste très vite dessiné et un peu bâclé.

Coté registre, on aborde beaucoup de thèmes : relations interraciales, homosexualité, zoophilie. Rien ne semble tabou et tout est souvent traité avec jovialité et un coté très paillard.

Néanmoins, la plongée dans cet univers est unique et ravira les curieux avec une préface d’Art Spiegelman SVP !

(Version lue en anglais Simon & Schuster – disponible en français aux Editions de la Martinière)