Les 5 Sens d’Eros de Giuseppe Manunta

Giuseppe Manunta est un dessinateur Italien qui a travaillé pour Heavy Metal et Penthouse Comics.

En bref, 9 histoires brèves sont au menu de cet album. Elles sont très différentes les unes des autres. Et les premières sont basées sur les sens, d’où le titre.

Il y a une véritable force dans la brièveté de ces histoires. Et la sensualité du dessin de Manunta renforce parfaitement ce qu’il veut nous donner. Même si quelques unes sont inégales en qualité, le lecteur est globalement satisfait.

On retiendra spécialement les premiers récits sur les sens et leur ton doucement pervers et gentiment tragique. Drôle de mélange, peut on penser, mais c’est bien un équilibre vers lequel tend Manunta. C’est aussi un jeu que l’auteur ne gagne pas à chaque histoire, notamment “Eros, Thanatos, et les autres”.

On apprécie les couleurs impeccables qui donnent une tonalité particulièrement douce à chaque histoire. Avec un talent unique, Manunta dépeint des situations crues avec candeur et simplicité.

Au final, L’album est une belle surprise avec un esprit enfantin, comprenez candide, naïf et entier.

- Voyons Madame : Le miel n’est fait que pour les massages. Pour que la cure fonctionne, il ne faut pas avaler systématiquement.

(Version lue Tabou Editions)

La Revanche de Bruce Morgan

La Revanche est la suite directe de L’Institutrice, mais c’est aussi le tome 3 de la série “Instincts Pervers.

En bref, nous retrouvons Valérie dans le train pour le Berry où elle va retrouver un agriculteur qui, elle l’espère, sera le maître qu’elle recherche. Mais c’est aussi le récit croisé de Sylvie, héroïne de “L’Esclave Sexuelle”, nièce du fameux paysan berrichon.

Dans le premier volume, Valérie découvrait sa sexualité. Ici, elle l’assume avec beaucoup d’entrain. Et c’est un euphémisme. Si l’héroïne cherche ses limites, le lecteur est confronté aux siennes. Le récit est certainement un des plus choquants jamais lus.

Bruce Morgan ne recule devant rien. Soumission totale, violence extrême, urologie et scatologie sont au programme. Valérie devient une chose masturbatoire, des orifices et une langue à disposition. Et que penser de Sylvie, qui passe d’esclave à dominatrice zélée?

Vous êtes prévenus, Morgan vous amènera loin et le voyage ne plaira pas à tout le monde. Ici, on est au delà des jeux de rôle du “SM de salon” ou fétichisme, tout simplement parce qu’on ne joue pas.

- Ça fait cinq bonnes minutes que tu me lèches le fion… Il doit être propre maintenant !

(Version lue DYNAMITE)

Bonheur #1

Bonheur est un magazine édité par les éditions La Rouquine.

En bref, Bonheur est un recueil du travail de 4 jeunes artistes : David Sourdrille, Mavado Charon, Philippe Manuel et Olivier Texier.

Il est toujours appréciable de faire connaissance avec le travail de jeunes artistes. On a parlé récemment de Mavado Charon et de son univers macabre et dérangeant. Qu’en est il des 3 autres?

Sourdrille fournit des pages mélangeant grotesque, humour et jeunes femmes aux rondeurs savoureuses. Manuel, avec son trait épais, offre son point de vue de façon un peu crue, l’estampe au poulpe est superbe. Charon est fidèle à ce qu’on a pu découvrir dans Hopes. Et enfin, Texier dessine des univers très cinéphiles avec une femme de 50 Pieds ou des zombies. Les planches avec les sexes aux positions différentes ou exagérées sont drôles et, à mon sens, critiques du système pornographique (surtout les vidéos).

On ne peut qu’encourager l’existence de Bonheur et on leur souhaite une longue vie !

(Version lue Editions La Rouquine)

Alice Au Pays Du Chaos de Man

Man est le pseudonyme de Manolo Carot. Il a, entre autres, collaboré avec le magazine Kiss Comics en Espagne.

En bref, Alice se réveille après 2 jours dans un coma étrange avec ce qui semble être sa mère et une jeune blonde muette. Très vite, cachées dans un placard, elles assistent au viol et meurtre de la mère. Elles découvrent que le monde est maintenant peuplé de créatures avides de sexe et complètement déshumanisées.

Le contexte est apocalyptique et le lecteur se retrouve dans une quête pour survivre. Le scénario est original pour le genre et on ne s’ennuie pas à la lecture. Le récit est rythmé mélangeant humour, scènes torrides s’achevant souvent dans une mare de sang.

On sent beaucoup d’inspirations modernes dans le dessin de Man, notamment le manga pour son traitement des visages. Le trait est dynamique, lisse et les couleurs impeccables. Il faut aussi mentionner le sens du cadre de Man résolument moderne et très cinématographique.

Assurément dépaysant et d’une grande efficacité, “Alice” comble le lecteur en attente de récit d’aventures morbides et très intenses.

- Comme si d’être dans cet enfer avec une gamine muette n’était pas un calvaire suffisant, voilà que je me trimballe avec une nymphomane en laisse !

(Version lue Tabou Editions)

Jeux de Filles de Juan José Ryp

Juan José Ryp est un dessinateur qui a notamment travaillé avec le grand Warren Ellis sur Black Summer et contribué à beaucoup de couvertures pour Marvel.

En bref, 6 histoires courtes sont au programme. Toutes racontent la rencontre ou la relation charnelle torride de 2 femmes. C’est aussi le premier travail érotique de l’artiste.

Dans un ton très franc et direct, le lecteur rentre dans ses scènes intimes avec délice. Le trait de Ryp est profond et intense, donnant à ses héroïnes des regards chauds et troublants ne laissant pas de doutes sur leurs intentions.

Il ne se prive pas pour les mettre dans des situations extrêmes. On apprécie le jeu de rôles entre la soubrette et sa maîtresse, les retrouvailles d’amantes cachées ou la scène débridée dans les toilettes d’un bar lors d’un match de football ennuyeux.

A chaque fois, ses femmes sont fortes et déterminées, mais surtout pleines de désirs sans aucun frein, sans aucune honte. On sera heureux de retrouver ses héroïnes dans d’autres BD.

- Vas-y, salope ! Bourre-moi la chatte, branle moi le cul !

(Version lue Tabou Editions)

Small Favors de Colleen Coover

Colleen Coover est une jeune dessinatrice de comics qui a participé à quelques récits pour Marvel.

En bref, Annie, une jeune femme de 20 ans fantasme sur sa voisine en se caressant dans son jardin. Elle sombre dans un rêve et sa conscience sous la forme d’une reine la punit en la faisant suivre par Nibbil, une sorte de gardienne de sa libido. Hors, très vite, Nibbil et Annie vont très bien s’entendre.

Désigné comme un “Graphic Novel”, Small Favors rappelle beaucoup des comics comme Strangers Than Paradise. Avec le ton léger et fantaisiste qui caractérise ce genre de publications, la lecture est agréable avec une qualité moindre néanmoins.

Les personnages sont attachants et Annie assumant ses fantasmes les plus délirants avec sa “gardienne” se libère pour devenir finalement la femme qu’elle aspire à être.

A la couverture, on s’attend à une BD de filles pour les filles et peut être à quelque chose de plus terre-à-terre ou de profond. C’est en fait une succession de scénettes coquines et hyper sexuées. Pas franchement émoustillant, mais léger et drôle.

- Je veux me masturber dans la chatte d’Annie !

(Version lue La Musardine)

Interview de Emmanuel Murzeau

Toujours lors du Festival de La Bandes Dessinées à Angoulême, entre 2 séances de dédicaces, Emmanuel Murzeau s’est laissé aller au jeu de l’interview autour d’un bon verre.

BD : “Le Masque Aveugle” est le 2e tome de la série “Les Aphrodites“. Un 3e tome est en route et il devrait clore le récit.

M : Je le mets en route au Printemps, mais il y a matière avec Nerciat à faire presqu’un décalogue et ainsi de faire durer le plaisir. Après le 3e, je ne sais pas. Est-ce que lecteur aura encore du plaisir, en aurai-je encore, est-ce que j’aurai encore des choses à dire là-dessus? On verra. J’essaierai de faire un truc un peu rond qui pourrait clore.

BD : Et tu travailles seul à l’adaptation?

Oui, seul. Enfin, Le Chevalier a été sympa. Il a écrit ça comme une pièce de théâtre. Les dialogues sont déjà là, les descriptions sont importantes en pieds de page. En gros, je garde au maximum l’original.

BD : Pourquoi adapter Nerciat?

M : Tout d’abord, parce que la langue est superbe. C’est une nostalgie de ma langue. Après 15 ans en Allemagne (Murzeau vit à Berlin), je me suis rendu compte qu’il me manquait peu de chose de la France. Mais par contre , la langue, oui. Il suffisait que j’entende parler français pour me sentir comme chez moi. Je sentais qu’il y avait des mots que je ne pouvais pas expliquer en allemand, comme des odeurs, ça ne s’explique pas. Il y a des mots qui te touchent personnellement.

BD : Quel a été le moteur de cette adaptation ?

M : C’est l’idée du libertinage, ou ce qu’ils appellent “morosophes”, qui est une philosophie très moderne. Tout le monde est égal et ça m’a plu. C’est aussi un Vaudeville, où les femmes sont dominantes. Je voulais aussi montrer que, dans l’Histoire, bien que nous sommes après la libération de la Femme, ces idées étaient déjà là, tout en étant anti-religieux et athéiste.

BD : C’est contemporain du Marquis de Sade.

M : Selon moi, il y a un gros malentendu avec Sade. Il n’est ni érotique, ni pornographique. C’est un philosophe qui fait de l’hédonisme et de la morale. il parle de la violence. Ca me fait pas du tout bander. J’échangeais récemment quelques lignes avec une scénariste qui s’attaque à une de ses œuvres. Quand j’ai vu les registres qu’on devait aborder comme la pédophilie ou l’inceste, je me suis demandé comment on aborde ça. Si on l’enlève, on perd de l’intérêt. Et je ne suis pas convaincu de le faire.

J’ai le même souci avec Nerciat. Le personnage de la jeune serveuse noire d’une quinzaine d’années est bien traitée, mais, dans ce sens là, ce n’est plus de l’érotisme pour moi.

BD : Tu es très attaché à l’idée d’érotisme.

M : Oui, j’imagine qu’une majorité de dessinateurs a leur jardin secret. C’est pour nous une psychanalyse. On recrache nos obsessions sur le papier, le galbe d’une cuisse, une ombre sur un visage. On en profite, on en fait un métier. Et on le partage avec nos lecteurs.

BD : Et quelle base anatomique utilises-tu pour tes dessins? 

M : J’utilise assez peu de modèle. Je fonctionne beaucoup à la mémoire. Je m’attache davantage à trouver le bon angle, à imaginer la scène et à savoir où poser ma “caméra”. Peut-être un souvenir de mon père ingénieur.

BD :Et pour les décors?

M : J’ai essayé de me documenter et de pas trop m’en faire. Je préfère dessiner des corps, mais il y a une cohérence. J’ai évité l’anachronisme, sans tomber dans l’étude approfondie.

BD : Et parle nous de cette couleur unique, ce “Vert-de-Gris”. C’est un parti pris fort.

M :  A la suite d’expériences passées, la phase d’encrage n’était pas satisfaisante. A cette époque, j’ai lu une interview de Loisel qui disait pourquoi s’embêter avec les encrages, alors que Photoshop permet de s’en passer. Pour les Aphrodites, j’ai trouvé des mines de plomb aquarellables que j’ai essayé sur du papier Canson et ça avait de la gueule. J’aime bien séparer la forme, la lumière et la couleur séparément.

Un grand merci à Emmanuel Murzeau et Tabou Editions.